7 septembre 2020 – Lorient

Je vous promets (paraît qu’il ne faut jamais rien promettre quand on vit à bord d’un voilier), que je vais essayer de peut-être tenter d’écrire un petit peu plus souvent sur cette page des récits.

Finalement, après une (toute relative) longue attente à Roscoff et après le départ de David, nous sommes partis avec ma mère en direction de l’ouest. Ce fut une belle mais longue journée au moteur du à l’absence de vent. Peu avant notre destination, l’Aber Wrac’h, nous fûmes surpris par un brouillard d’une épaisseur que je n’avais alors jamais connue. Bien qu’ayant vu quelques minutes avant qu’il n’arrive que la voie était largement libre de tous les côtés, j’ai alors décidé de tester le radar et de sortir l’avertisseur sonore (dont je doute réellement de l’efficacité vis-à-vis des gros bateaux…). Le lendemain, la journée fut quelque peu similaire. Après un départ accompagné par du vent de face, la majeure partie de la route fut faite au moteur. Cette journée nous donna l’occasion d’emprunter le chenal du Four, réputé pour ses forts courants (à ne surtout pas emprunter courant contre vent, si ce dernier est fort). Nous arrivons de nuit à Camaret, en mer d’Iroise, et trouvons par chance une bouée, nous évitant d’aller jeter l’ancre un peu plus loin, ce que je n’avais alors pas encore fait avec Raspoutine et que je voulais d’abord tester tranquillement de jour (affaire à suivre).

Vieux langoustier de Camaret, carrière terminée.

Le temps de laisser passer du mauvais temps, de changer de gazinière et d’équipage, je reste avec Raspoutine à Brest pour quelques jours. Nous repartons de Brest en direction de Camaret dès que la météo se montre plus clémente afin d’attendre une opportunité pour franchir le Raz de Sein. Celle-ci ne se fait pas attendre et nous ne restons qu’une nuit à Camaret. Nous partons en début d’après-midi et franchissons le Raz de Sein avec un sublime coucher de soleil et … sans vent. De même que le chenal du Four, ce passage mythique et réputé pour ses mers parfois très dangereuses, nous glissons, poussés par notre moteur, préférant ce cas de figure à celui où la route serait barrée. Mais cette fois-ci, preuve que j’apprends de mes erreurs (ou pas), nous arrivons de nuit à Sainte-Évette et ne trouvons pas de bouée afin de nous amarrer. Nous jetons donc l’ancre et mon choix d’emplacement ainsi que le fait que je n’ai pas d’expérience avec Raspoutine à l’ancre me font veiller une grande partie de la nuit. Je me réveille toutes les trente minutes afin de regarder au GPS (depuis mon lit) si nous n’avons pas bougé et, cela ne rate à aucune occasion, je sors quand même constater de visu que nous sommes bien là où le GPS dit que nous sommes. Le GPS me vaut d’ailleurs un arrêt cardiaque car à une occasion, il m’indique que nous sommes.. échoués sur la plage. Je saute dehors en deux pas et constate que nous n’avons en fait pas bougés… Histoire de pimenter l’ironie, c’est le lendemain que nous ferons un premier mouillage de jour, tranquillement, près de l’archipel des Glénans. Oui, j’étais obligé d’attendre de galérer à mettre l’ancre de nuit avant de tester ça dans des conditions idéales. Pas de challenge sinon, non ?

Le raz de Sein est derrière nous!

Le passage du Raz de Sein est important pour moi car il nous sort de la zone où les courants des marées sont plus forts. La traversée du golfe de Gascogne est ouverte et la côte sud de la Bretagne est réputée très agréable à naviguer. Je me sens soulagé de l’avoir passé et prends gentiment confiance dans mon bateau et mes capacités à le mener. Ceci se confirme par notre navigation qui se poursuit de lieux magnifiques en lieux d’autant plus magnifiques. Concarneau, l’île de Groix, Belle-Île… Chaque fois du bon vent, pas trop fort, mais assez et surtout, plus de bords à tirer (louvoyer face au vent) comme lors de notre départ de Saint-Malo.

Pointe nord de l’île de Groix.
Belle Île.

Nous partons ensuite en direction du Morbihan, d’où je vous écrit ce texte. L’entrée dans cette baie est très impressionnante. Nous arrivons poussés par des courants qui nous font doubler de vitesse, provoquant une sensation de naviguer dans une rivière. Je suis quelque peu stressé mais la beauté des lieux (pas de mots) passe rapidement au premier plan. Nous arrivons au port de l’île aux Moines accueillis par Jacques et Alain, qui se montrent d’une grande sympathie pour nous aider dans nos manœuvres. Nous tombons à pic car Jacques fête ses 66 ans et nous invite à boire l’apéro à son bord. Le lendemain, Jacques, qui avec sa femme Christa a fait un tour du monde de la Méditerranée, m’inscrit de nombreuses informations (trois pages recto-verso) et me donne plein de bons conseils, carte en main, pour ma descente de l’Atlantique et l’entrée en Méditerranée. Il s’inquiète que je reçoive de bons conseils pour l’équipement, tout spécialement au niveau de la sécurité. Je suis touché par cette gentillesse et cette inquiétude de l’autre. Une phrase qu’il répéta souvent fut « ça nous ferait plaisir d’avoir des nouvelles », alors je vais m’appliquer à en donner plus souvent, par le biais de ce blog.

Nous partons après une nuit seulement à l’île aux Moines avec Christa et Jacques qui nous aident aux amarres. Les adieux, malgré le court moment passé à se connaître, me serrent un peu le cœur et je n’ai pas le goût à hisser les voiles pour la petite heure de navigation que nous faisons entre courants afin d’aller trouver un petit mouillage près de l’île d’Arz, la voisine de l’île aux Moines, où nous restons deux nuits à profiter de passer du temps sur Raspoutine, à l’ancre. Simplement être là à regarder les autres voiliers s’amuser, le courant faire changer indéfiniment les paysages, les levés de lune magiques sur l’eau, se laisser bercer par le vent et le clapot des vagues. Puis, enfin, prendre le temps de donner des nouvelles.

Petit mouillage dans le Morbihan, près de l’île d’Arz.

PS : 4 jours après l’écriture de ces lignes, nous avons quittés le Morbihan pour nous rendre à Lorient. L’équipage change, Carmen rentre et Simon me rejoint. C’est avec lui que nous partons demain matin pour la traversée du golfe de Gascogne, avant de poursuivre la route jusqu’en Sardaigne, où il a laissé son voilier. Notre chemin nous mènera par l’Espagne, le Portugal, re-l’Espagne, les Baléares, la France, la Corse et, enfin, la Sardaigne. Mais avant cela, faut déjà traverser le golfe et ne pas se faire, comme certains disent, « engolfer » par le vent et les vagues, qui peuvent laisser un souvenir amer de la traversée. Pour nous, le vent ne s’annonce pas trop fort et plutôt du nord-est, ce qui est une bonne allure pour nous. Alors, trêve de blabla, faut remplir les réservoirs d’eau, acheter à manger, faire le plein de diesel, ranger, savourer la dernière douche chaude en Bretagne, pis.. bah faut y aller quoi.

They see me rollin’, they know I’m thinkin’

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