18 septembre – La Corogne

Bon, bon, bon, faut que je vous la raconte cette traversée du fameux golfe de Gascogne. Pour être franc, je l’appréhendais quand même un peu. Autant la météo était annoncée idéale avec un anticyclone bien installé, autant j’ai confiance dans mon bateau et mon nouvel équipier, Simon, autant les avis divergent sur la traversée de ce petit bout de mer.

Départ de Lorient au lever du jour.

En s’informant, on lit de tous les avis. Très dangereux, tranquille, faire attention, si t’as une bonne fenêtre météo c’est pas un problème. Forums, avis de pontons, tout y passe et finalement, comme souvent dans le monde de la voile, difficile d’avoir un avis déterminé. Les vents d’ouest peuvent être dangereux et la houle vilaine. Surtout, il ne faut pas se faire « engolfer », coincer trop proche de la frontière hispano-française et subir le mauvais temps. Plus on part large, c’est-à-dire depuis Brest, plus il est simple de caper sur la Corogne. Au début, je voulais traverser depuis la Rochelle, je coupe la poire en deux, on part de Lorient.

Premier coucher de soleil, me gusta.

Finalement, la traversée est bien tranquille. On commence par une journée entière de moteur, pas de vent. C’était à peu près prévu mais le vent se lève plus tard qu’annoncé. L’euphorie vient, à bord,  marginaliser la crainte. Simon et moi sommes tout fous, on se sent des aventuriers et on essaie quand même de poser rationnellement l’équation de cette traversée. On est pas des grands aventuriers, on risque pas grand chose non plus. Cela n’empêche qu’on s’émoustille bien à voir les côtes disparaîtres. À minuit, après un début de nuit magnifique, le vent se lève. Simon prend le quart de minuit jusqu’à trois heures du matin. Je le remplace jusqu’à six heures et il prend la relève pour le lever du soleil. Ce bon vent nous accompagnera 24 heures, exactement jusqu’à minuit de la deuxième nuit. La deuxième journée est parfaite. Le vent nous pousse à bonne allure et nous calculons fréquemment nos possibilités. Viser Viveiro et arriver après trois jours et deux nuits ou viser la Corogne et probablement faire une troisième nuit. Il faut surtout éviter l’arrivée nocturne quand on ne connaît pas le coin. Notre choix se fera au fil du temps pour Viveiro. En effet, Simon est un peu malade le deuxième jour et, de mon côté, j’ai mal dormi la première nuit (peut-être une ou deux heures) et j’accuse le coup de la fatigue. Nous inversons nos quarts pour la seconde nuit et elle se passe bien mieux pour nous deux. Simon reprend du poil de la bête et moi je dors bien. Malheureusement, le vent tombe entre minuit et six heures du matin et nous faisons route à nouveau au moteur. La troisième journée se fait à la voile avec un petit vent, notre vitesse s’en ressent et ce n’est qu’à la tombée de la nuit que nous arrivons à Viveiro, où nous arrivons dans un port pratiquement vide.

Deuxième lever de soleil, me gusta mucho.

La fatigue et le stress de la traversée me font beaucoup penser à mon projet. Pourquoi s’embarquer sur une coquille d’alu alors que ma vie en Suisse est des plus confortables ? Poser le pied en Galice ne balaie en rien ces doutes.

Les belles falaises, entre brumes et lumières.

Après cela nous cabotons le long de la côte nord de l’Espagne durant trois jours, jusqu’à la Corogne. Là.. c’est le coup de foudre. Se réveiller tranquillement, déjeuner copieusement, naviguer trois ou quatre heures le long de falaises magnifiques, jeter l’ancre dans des criques paradisiaques, mettre le kayak à l’eau et se rendre à terre pour crapahuter un coup, sauter de rocher en rocher, jouer dans les vagues, boire une cerveza avec des tapas et rentrer dormir un bon coup. Presque pas d’horaire, des activités variées, au contact de la nature. On passe de l’eau à la forêt, des collines aux rochers. On vagabonde là où notre humeur nous porte. La beauté de la région et de notre rythme de vie balaient les doutes. Cette vie est sublime. La liberté de mouvement imprègne chaque moment de la journée, notre instinct (et notre estomac) nous guident.

On vaguabonde le long des côtes de l’Espagne avec Canobis, l’intrépide kayak.
Deux chèvres suisses contentes de crapahuter dans la caillasse.

Les leçons sont déjà nombreuses depuis un mois et demi de voyage mais celle-ci est importante. Passer du temps à terre ou être proche d’elle est important. Avoir du temps pour flâner le matin, bouquiner, bricoler l’est tout autant. Faire peu de choses mais les faire bien. Le but du voyage, c’est le voyage lui même ? Quelque chose dans ce goût là. C’est mièvre mais c’est vrai. Si je voyage loin mais pas d’une bonne façon, c’est inutile. Alors maintenant on attend le bon vent à la Corogne qui nous permettra de passer le cap Finistère et de filer plein sud, le long de la côte portugaise. Et en attendant, on prend le temps, on profite.

Il est content, dans sa tenue Guy Cotten.

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