Carthagène – août 2021

C’est à l’aube du troisième jour, après deux nuits, dont une de travers, qu’elle apparut. Minorque. Comme lors du mois d’octobre 2020, lorsque Raspoutine arriva sur Ibiza à l’aurore suivant une nuit de rodéo, la première traversée de la cuvée 2021 s’offre une première nuit digne d’un parc d’attraction.

Venons-en tout de suite à la fin du suspens, personne n’a rendu à la mer son petit-déjeuner, son dîner ou son souper. Mais ça aurait pu arriver. Après quelques jours à profiter de la presqu’île de Giens et environ, Maximousse et moi nous retrouvons seuls. Nous avons dû nous cacher d’un sérieux coup de Mistral, qui nous vaudra de ne pas quitter le bateau pour dire au-revoir à des ami.e.s, de peur que notre beau voilier ne se fasse la malle durant notre courte absence. Je suis capitaine, mais encore novice, et certaines situations sont encore à découvrir, comme le coup de vent à l’ancre.

Mais ce même Mistral nous offre une belle opportunité de filer, comme le concluait l’article précédent, vers le sud ! On profite de la « queue » de ce vent, faiblissant un peu, pour faire un max(hahaha)imum de distance à la voile. C’est donc en début d’après-midi, après avoir apprêté Raspou comme jamais, que nous quittons le port de Hyères. Nous franchissons la passe entre Porquerolles et Giens pour nous retrouver assez rapidement dans le vif du sujet. Quelques minutes et quelques belles vagues (de travers) plus loin, il est temps pour Maximousse de s’amariner et d’aller sur le pont prendre son premier ris. Suivra, un rien plus tard, le second. Nous entrons dans le vif du sujet. Ayant également réduit le génois, on s’habitue à ce qui sera notre condition pour les 18 prochaines heures. Du vent fort, des rafales à ne pas négliger, un bateau qui roule beaucoup. Se déplacer et effectuer chaque tâche devient une activité qui demande toute notre attention.

Ironie du sort, c’est moi qui me sent le moins bien. Peut-être le stress et l’émotion du « vrai » départ, celui pour de bon, sur le bon bateau, avec la bonne expérience et les bons moyens, vers le sud et la grande bleue. Dans tous les cas, je (ne me) rends pas. Cette première nuit rodéo se passe bien, peu de navires à éviter, peu de changement dans la force et la direction du vent. Les vagues sont elles fidèles au poste, ce qui nous vaut quelques scènes cocasses. Moi, qui ai failli m’empaler sur la cuisinière où nos pâtes étaient sur le feu. Max, dedans aussi, qui disparaît de ma vue subitement lors d’un coup de gite plus fort qu’un autre. Dans tous les cas plus de peur que de mal et le plaisir d’assister à un coup double, sublimes couchers de lune et levers de soleil.

Qui dit traversée dit, comme souvent, beaux cieux.

La suite sera moins intéressante d’un point de vue de navigation. Dès midi, le vent tombe et laisse progressivemLa suite sera moins intéressante d’un point de vue de navigation. Dès midi, le vent tombe et laisse progressivement place à une mer « plate », où la houle résiduelle du Mistral ne se ressent pas beaucoup. Le moteur allumé, on a le temps de s’occuper, de ranger le bateau, découvrir que le hublot avant fuit plus que prévu et qu’on devra faire une grosse lessive de mes draps en arrivant. Le sport s’invite à bord le temps de quelques pompes. Le mode « gonflette » est activé avant d’arriver dans les îles. Puis, quand même, les pluies lointaines et passagères nous offrent quelques sublimes moments, « lumineux ».

L’arrivée à l’aube au nord de l’île dans la Cala de Addaya et un mouillage tout peinard dans la vase nous offre l’occasion d’une bonne sieste, avant la grande « putz » post traversée. Lessive, nouveau joint pour le hublot (un peu rock’n’roll) et une petite dégustation à la « Cantina » du port pour fêter cette première traversée.

Puis, à peine le temps de s’habituer à la douce vie des mouillages forains et des plongées snorkling à la chasse aux beautés de la « Med » qu’une belle fenêtre de vent nous offre l’opportunité de filer droit vers Gibraltar. Nous ne profitons donc que trois jours de Minorque avant de remettre la voile. Cette fois, c’est plus compliqué. Le vent change beaucoup en direction et force, ce qui nous oblige à effectuer de nombreuses manœuvres et joue sur nos nerfs. Je ne dors presque pas. Le hâle-bas de bôme casse deux fois. La première fois, je répare et m’éclate sur le pont, sans gravité. La deuxième, c’est au petit réveil et s’en suit un « petit topo » où la décision est vite prise, on file vers Ibiza s’offrir une nuit de repos en espérant pouvoir attraper la « queue » du vent (décidément) pour rejoindre l’Espagne continentale.

C’est plutôt joli, Minorque. Satané drone, t’aurais pas du désapprendre à voler. Groumpf.

Et bah non, nous repartons le lendemain pour faire 36 heures au moteur jusqu’à Carthagène. Lors de cette traversée nous déclarons un gros coup de stress pour le capitaine à cause d’un cargo qui passe trop proche à son goût, un excellent petit déj’ à base de crêpes et, comble du désespoir pour l’écolo en herbe que je suis, la perte du drone qui coule à pic à trente mètres du bateau. Comme je l’ai dit à Maximousse : « Ça me canule grave d’avoir rajouté ce déchet dans la mer ». D’autant plus que cette journée est un défilé de déchets flottants en tout genre…

Crêêêêêêêêpes ❤

L’arrivée à Carthagène se passe très bien mais je découvre alors que mon bateau est victime d’une fuite électrique, ce qui est très grave pour un voilier en alu. En gros, il fond. Est-ce le karma du drone perdu ? Je ne suis pas superstitieux, ça porte malheur. En attendant d’avoir la visite d’un électricien, nous profitons de la région et découvrons la vie nocturne de cette belle vie.

Notre aventure continuera donc bientôt (si on résout ce souci de fuite) en direction de Gibraltar où (comme l’année passée à La Corogne) de nombreuses attaques d’orques ont lieu ces jours même. Histoire de pimenter notre début de voyage, on est servi. Bref, on ne s’ennuie pas, le moral reste excellent et, cerveza aidant, on est quand même mieux, comme Maximousse le dit, que derrière un bureau. Alors ça va ! À bientôt, pour de nouvelles aventures, si tant est que Raspou n’ait pas fondu ou n’ait pas été éventré par des orques. Allez, hasta luego !

L’avenir sera-t-il radieux ou nuageux? Sûrement un bon « moitié-moitié ».

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