Ciao bonne’ l’Europe

Alors voilà, on a quitté l’Europe. Enfin, politiquement, on y est toujours, aux Canaries. Cette fois, le passage à la pointe sud-ouest de la péninsule ibérique a rempli sa fonction de « catapulte » vers le large ! L’année passée, c’était là que le chemin divergeait entre mon projet et la réalité virale de notre monde actuel. Je partais à gauche, vers la Méditerranée et un nouvel hiver suisse. Cette fois, rebelote à gauche mais pour le sud.

Vue sur le nord de Graciosa et des îlots l’entourant, c’est par là qu’on est arrivés!

Faut dire qu’avec Maximousse, on commençait à en rêver du sud (genre le vrai sud, loiiiinnn au sud), là où il fait chaud, là où seul un short nous vêtirait et là où même le vent est chaud. Mais entre ce rêve et nous, 1000 kilomètres de flotte non potable. Pire qu’imbuvable, corrosive, encrassante et en plus même pô calme. L’Atlantique, c’est pas un lac de barrage alpin. On est partis un bon matin de Lagos, au Portugal, cap au 210° sur la boussole. Quelques heures de moteur, des dauphins puis, petit à petit, nous extirpant de la bulle sans vent au sud du Portugal, on attrape le vent du nord mais on encaisse aussi la houle des derniers jours, entre 2,5 et 3 mètres. Rien que ça. Les grosses vagues, on aime moyen ça. Celles-là, ça allait car elles étaient assez distantes les unes des autres et donc pas trop abruptes. Elles nous secouent mais, en contrepartie, elles nous poussent bien vers notre but (quand on ne les prend pas dans la poire, of course). On passera environ 24 heures avec le vent et les vagues trois quart sur l’arrière, ça roule bien, la vie à bord n’est pas des plus faciles et a raison de l’estomac de Maximousse qui, pour une première fois depuis début août, doit s’avouer vaincu.

Les Canaries, terres de volcans! Doit faire chaud, non, s’il y a des volcans!?

Dès le deuxième jour au matin, Raspou rajoute quelques degrés au sud et montre son postérieur aux vagues. Ha ! Tout devient plus facile à bord, déjà les talus diminuent en taille, c’était prévu, mais en plus on peut les surfer. On accélère, le vent nous pousse droit vers notre but. Petit à petit la vie à bord devient plus simple et, concomitamment, Maximousse reprend du poil de la bête et peut récupérer un peu de son énergie. À partir de là, notre vie se résume à manger, lire, regarder la mer et augmenter ou diminuer la voilure en fonction du vent. J’entraîne une nouvelle technique de prise de ris (réduire la grand-voile), qu’un jeune collègue navigateur britannique m’a apprise quelques jours avant et qui permet d’effectuer cette manœuvre en restant vent arrière. Normalement, il faut se mettre au moins vent de travers ou même plutôt face au vent afin de déventer la voile et ainsi pouvoir la descendre. Eh bien cette technique fonctionne à merveille. Ainsi, plus besoin de perdre du temps pour la manœuvre, on continue droit devant. De plus, dans la perspective d’accomplir des navigations en solitaire, cette façon de procéder est bien plus simple.

Capitaine Jojo sur le pont! #nofilter (lol)

Voilà donc que trois jours plus tard, quelques cargos rencontrés (auxquels on demande la météo avec des résultats parfois… mitigés), les oiseaux se font de plus en plus présents. La terre se rapproche. Notre dernière nuit se fait sous le signe du frein à main. Nous souhaitons en effet arriver de jour et le vent souffle fort, nous forçant à réduire drastiquement notre voilure afin d’arriver aux premières lueurs du jour. Quand on vient de passer trois jours et demi à cravacher, ça fait bizarre de se forcer à aller lentement… L’arrivée vers les premières îles se fait dans une atmosphère quelque peu lugubre. Grains de pluie, rafales, ciel gris sombre et très bas. Les îles, encore invisible à dix kilomètres, ne nous charment pas encore de leurs volcaniques couleurs mais plutôt d’une palette qui va de gris foncé à gris très foncé. Le soleil se cache, laissant ce début de journée au royaume du maussade. Mais, malgré tout, l’arrivée est sublime. Faut dire qu’on en a un peu chié pendant la traversée. Même si tout s’est bien passé (sauf pour Maximousse au début), que la fenêtre météo était correcte (sans plus), c’était moralement assez compliqué, en bonne partie pour le capitaine. J’attendais que les traversées soient une source de plaisir, surtout les traversées plus longues que, disons, deux nuits. Or ce ne fut pas le cas, en tout cas pas pour celle-là. Peut-être encore un manque d’expérience à ce niveau mais du coup, cette arrivée, aussi sombre fusse-t-elle, était grisante de réconfort. L’euphorie me prend aux passages des deux premières petites îles, je ne l’oublierai jamais. Ça y est, le premier grand saut est fait, on est physiquement loin de l’Europe continentale. À partir d’ici, le retour en Europe sera de toute façon une aventure. Que notre route prenne celle, prévue, du Cap Vert et des Antilles ou, hypothétique, de la route directe aux Açores et retour, le chemin vers le vieux continent n’est plus « un saut de puce ». Il sera plus long, plus compliqué et quelqu’il soit, beau et enrichissant. Sur ces quelques mots, je vous laisse, c’est l’heure de la Cerveza. Et, haha plouf pour nous, on mettra un pull car figurez-vous bah qu’ici, il ne pas si chaud que ça.

C’est graphique Graciosa!

PS: Oui, oui, j’ai un drone et j’aime l’utiliser. Tout est beau vue d’en haut. Mais pour vous prouvez que je ne fais pas QUE ça: Taddaaaaaaaaaa!!

Pas un arbre où s’abriter! En même temps, « fa fouffle! »
Alors là, les bateaux, le plus beau, eh ben c’est le mien!

PS 2: En bons Suisses, le premier truc qu’on a fait après avoir récupéré, c’est crapahuter sur un max(haha)imum de volcans! #humourrépétitif

« Nom de dieu mais il me saoule avec son drone, moi je continue! »
Et si vous croyiez qu’il n’y avait que du rouge sur cette île, perdu.

3 commentaires sur « Ciao bonne’ l’Europe »

  1. bonjour, super votre blog, merci pour ce récit. Bon séjour aux Canaries, c’est chaud actuellement avec le volcan en éruption. Bonne nav pour la suite du périple. Cordialement Jocelyne et Alain DENIS du bateau Karnelyann rencontré à l’Île aux Moines dans la golfe du Morbihan

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