Les copains d’abord

Bon, ben finalement, je ne suis pas parti ce fameux mardi. Le jour précédent, les quelques gouttes de doute que j’avais se sont transformées en ruisseau puis en torrent. Les modèles météo annonçaient, sur une période de 36 heures environ, 25 nœuds en vent établi et jusqu’à 3,4 mètres de vagues (c’est beaucoup, ou disons surtout beaucoup plus que souhaité). Les rafales étaient prévues jusqu’à 35 nœuds. Joli souffle quoi. À cela il faut ajouter que par précaution, on a plutôt tendance à penser que les modèles météo sous-estiment la force du vent. Je me dis que pour une première navigation en solitaire, a fortiori au large, c’est peut-être beaucoup.

Je contacte un ami qui a bien plus d’expérience et qui me confirme cette idée : « si t’as le temps, vas-y pas ». Bon, ben deuxième préparation au départ peut-être un peu précipitée. Faut dire que je piaffe d’impatience. Du coup, gros doutes. Que faire ? De plus, la situation de l’autre côté de l’Atlantique n’est pas folichonne.. Restrictions Covid, quarantaines, tests en série, émeutes en Guadeloupe et Martinique. Est-ce vraiment intéressant de traverser ? Tout ça pour se faire une transat retour souvent bien plus épicée qu’à l’aller ? C’est la tête « enmaelströmée » de ces considérations que je largue les amarres des voisins, le mardi matin. S’en suit deux à trois jours de gros spleen… Ai-je vraiment ce qu’il faut pour traverser ? Et traverser en solo ? Et ensuite revenir ? Depuis que j’ai acheté ce bateau, j’ai l’impression que les obstacles sont sans cesse remplacés par d’autres…

Mais là, comme souvent, le beau temps se retrouve dans la compagnie des autres. Car trois jours après cela, lorsque j’attendais le bus du matin avec d’autres « voileux » des pontons, nous assistons à une manœuvre exécrable d’un gros « charter », qui s’empale dans l’étrave d’un autre bateau et cela à pleine vitesse ! BOOM ! Alors là, on se regarde et on se dit « What. The. Fuck ? ». Il n’en faut pas plus pour lancer la discussion entre les équipages présents, surtout avec ceux ayant subi l’arrivée desdits charters, deux jours avant, causant plusieurs dégâts sur différents bateaux. Eh bien moi j’ai sympathisé avec un jeune Basque, Josu, descendu jusqu’ici en solitaire sur son petit bateau de neuf mètres. Sans plus qu’il n’en faille, je n’ai plus passé une journée sans le voir un coup. Apéro, marche, café, nage, etc… Grâce à lui, j’ai connu différentes personnes de la marina où il s’avère que si on lève son nez des topos météo pour regarder un peu, il y a plein de bons moments à passer en compagnie de plein de monde. Fait que ceux qui sont là, en partie, c’est ceux qui veulent une belle fenêtre météo. Souvent des gens seuls, souvent des gens sur des plus petits bateaux. On regarde les gros, nombreux et pressés partir chaque jour et on se regarde, on secoue la tête et on se dit, le soir tombé, quand ça souffle bien fort, qu’on est quand même pas fâchés d’être au port. Peut-être qu’on se dit ça pour se convaincre qu’on a fait le bon choix, qui sait. Mais tous les jours on se recroise et on passe de sacrés bons moments.

J’ai passé mon temps à terre à attendre un temps en mer où j’aurai le temps. Ensuite j’ai passé mon temps en mer à courir pour  atteindre un endroit où avoir du temps. Lorsque les choses ont fait que j’ai eu du temps, j’ai renâclé, rouspété, chouiné, pleuré, râlé etc. que j’étais coincé et que je ne pouvais pas aller aussi vite que souhaité. Il m’a fallu trois jours de digestion, de téléconsolation de la part de mes proches, une petite fourniture de travail en distanciel pour rythmer mes journées et, surtout et essentiellement, une belle rencontre pour qu’enfin je me dise que l’endroit importait peu, pour autant que la compagnie soit bonne. Grâce à ce petit jeunot, je commence à bien connaître non seulement l’île mais également quelques-uns de ses habitants (il a déjà passé six mois ici et c’est la coqueluche du coin). Ça, je n’aurai certainement pas la chance de le vivre sur toutes les îles que mes pieds fouleront. Alors, tout ça, ce que je disais au début de mon texte… obstacles ou  opportunités à saisir (… pour autant que j’ouvre mes quinquets) ?!

Mais là, entendez-vous ce frissonnement sur les pontons ? Le bruit des tuyaux remplissants les réservoirs ? Voyez-vous les allées et venues des voyageurs, leurs sacs remplis de produits frais ? Il semblerait, à tous ces signes et bien d’autres, qu’une fenêtre météo propice pointe le bout de son nez… 🙂

Hasta luego hermano! :-*

2 commentaires sur « Les copains d’abord »

  1. Coucou le navigateur solitaire ! on ne se connaît pas mais on suit avec intérêt ton parcours et tous ces imprévus…. En tout cas on prend plaisir à te lire, tes récits sont supers ! Comme on disait à Max, un verbatim de Sénèque, « il n’est pas de vent favorable pour celui qui ne sait où il va ». C’est un beau challenge mais dans un contexte pas prévu. Profite des moments présents comme tu le fais et ce que tu as déjà fait est très chouette ! Flo et Bilou

    J’aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s