À quoi tout cela rhum-t-il?

Depuis que j’ai quitté les côtes africaines et qu’il s’est avéré que ma transat allait être un succès, une question me hante. Que mon verre (de rhum) soit plein ou vide, que je sois sur terre ou en mer, seul ou accompagné, de bonne humeur ou ronchon, il y a cette petite mélodie indécise dans mon esprit. Rentrer avec Raspou ou non ? Le vendre aux Antilles ou le laisser m’offrir ma première transat retour. Au fil de mes rencontres, que ce soit des personnes ou des bateaux, une envie m’a pris de sortir de mon cocon et d’aller voir ailleurs (pardon mon cher Raspou). Cette curiosité pour l’autre, qu’il soit de fibre de verre ou marin, me titille de plus en plus au fil du chemin. Tester d’autres bateaux, ne plus être capitaine et découvrir différentes façons de naviguer, plus conservatrice (est-ce possible ?) ou plus sportive. Des bateaux ardents et impétueux, des ketchs (deux mâts), des catamarans ou, soyons-fous, des trimarans. Mais faire deux choses en même temps, à ce niveau-là, ne m’est pas possible. Conserver Raspou dans un coin au chaud et traîner mon ciré sur de nouveaux ponts est compliqué, surtout sans avion entre les deux. Et si je teste une autre monture, ce ne serait pas « simplement » à la journée.

De l’autre côté, quelle belle histoire on vit ! Mon fier navire et moi ! Lui, le papy 4×4, la Lada indestructible, et moi, le gamin studieux qui n’aime (n’aimait ?) pas le vent fort, qui s’inquiète au moindre bruit étrange, à une vague plus malicieuse qu’une autre ou un claquement de voile plus méchant qu’à l’accoutumée. Mais finalement, à chaque fois, ça se passe bien. Tant bien même que j’ai étudié avec sérieux mes bouquins de voile et autres, ce bateau me permet beaucoup d’erreur. Il est tolérant, celui qui est de dix ans mon aîné. Il connaît bien les mers et leurs vagues, les passe sans se poser autant de questions que son capitaine. C’est un bateau « en forme », arrondi, il est rouleur. Un dicton dit bien : « bon rouleur, bon marcheur ». Raspou et son dandinement ne déroge pas à la règle, ça avance et ça avance même bien.

Mais bon, quoi, ne pas le vendre et rentrer, en solo ? Ça serait joli. Long, mais joli. Suivant si je m’arrête aux Bermudes ou pas, c’est entre dix puis quinze-seize jours ou alors environ vingt cinq jours d’une traite. C’est long et c’est l’Atlantique nord, pas les alizés qui nous ont gentiment poussé à l’aller. Ça risque la cartouche, sur le retour et même, si malchance, la grosse cartouche. Cependant, le défi est excitant. Alors je me tâte, que faire ? Et bien l’heureux hasard de ma vie vient de prendre une décision et, sauf retournement de situation, Raspou et moi auront une équipière de luxe. L’heureux hasard vient du fait qu’il s’agit d’une personne avec qui j’aurais presque peut-être théoriquement dû faire la transat aller.

L’océan Atlantique c’est une grande étendue d’eau et pourtant qu’est-ce qu’il s’en passe des choses à cet endroit!

Mais, hélas, mon escale à El Hierro se prolongeant quelque peu, elle s’embarqua sur un autre bateau à Mindelo. La jeunesse était pressée de traverser. Et ça s’est très mal passé. La pauvre, elle est en train d’en faire une bande-dessinée qui, je l’espère, sera publiée et que vous lirez ! Vous pourrez alors partager son cauchemar dans votre fauteuil préféré, avec le chat qui ronronne sur votre ventre, tout au chaud. Bref, Internet offre cette magique possibilité de ne se croiser qu’une fois dans la vie et de rester en contact même si on est pour l’une en vadrouille entre plusieurs pays et pour l’autre en cabotage sur son voilier. Ainsi un jour elle me dit qu’elle aimerait peut-être faire la transat retour mais qu’après sa récente expérience, elle craint devoir se farcir à nouveau un psychopathe. Moi, je réponds : « C’est comme le cheval, faut remonter en selle ! ». De plus que je pense qu’une transat retour est une magnifique expérience, surtout si une escale aux Açores est prévue. Lors de sa mésaventure, j’ai quelque peu culpabilisé, même si fondamentalement je ne suis pas coupable. Mais j’ai quand même eu cette petite voix qui m’a dit que si j’étais parti plus vite des Canaries, elle m’aurait attendu et n’aurait pas rencontré l’autre ectoplasme de bachibouzouk. Et là, deux jours après l’avoir encouragé à faire la transat retour je me dit que si elle en venait à retomber sur un équipage digne d’un film d’horreur, je m’en voudrais encore plus ! Une solution : je connais un capitaine pas trop taré : oim ! Alors je lui propose. Et bon, brève de bla bla, dans un mois presque jour pour jour, nous devrions, ensemble, hisser la belle grande voile toute neuve de Raspou, qui attend de voir le jour depuis plus d’un an et demi, et nous filerons, quille fière, vers le nord et les Bermudes puis, après une étape so english classy style, vers les Açores. Il ne me reste plus qu’à profiter des quelques îles se présentant entre la Guadeloupe et Saint-Martin, notre Baïkonour, notre Cap Canaveral à nous.

Ainsi, pour conclure et pour répondre à cette question d’introduction, il rhum que, lorsque Raspou et son équipage arriveront aux Açores, non seulement le rhum coulera à flot mais ce sera à quatre qu’il se boira. Poséïdon, Raspou, Oriane et Jojo. Et qu’à plusieurs, cela fait plus de rhum que tout seul, car il est partagé.

Aucun défi n’est assez grande pour qu’il n’y ait pas de récompense à même de te motiver!

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