On voulait l’Atlantique nord, on l’a eu

Je suis désolé, ce texte est (beaucoup) plus long. Mais j’avais un gros sac plein d’affaires salées à vider.

Après la succulente journée de glisse sur laquelle je vous ai laissé.e.s, les messages venus de la terre changent tout. La dépression ne se déplace pas comme prévu, elle ralentit et revient vers nous. Nous bifurquons donc finalement vers le sud-est pour la devancer et éviter, premièrement, d’être pris.e.s en son centre, et, deuxièmement, de nous retrouver dans sa partie ouest, où les vents sont bien plus forts. Alors, file Raspou, et vite, sus au sud-est !! Mon père nous annonce un petit 12 nœuds pour le soir. Finalement, en cette fin de journée, le sentiment de la toute première semaine de transat, concernant la difficulté à faire confiance à la météo, s’installera à nouveau car nous n’aurons pas 12 nœuds mais plus, bien plus. En prévision du risque de vent fort, je prépare la trinquette sur l’étai largable.

T(r)inqu(i)ette pas trop si ça souffle fort, on est prêts!

Petit à petit, au fil de la journée, le gris s’installe. Il vient vite et vient même très bas. Le vent, lui, monte. On prend un ris. Puis quelques tours de génois. Puis un second ris. Et hop, encore un bout de génois en moins. Bref, on en finit à trois ris dans la GV, plus de génois du tout. Pourtant rien ne semble arrêter la cavalcade de notre destrier. On oscille entre 5,5 et 6,5 nœuds avec de belles pointes vers les 7. Nous déménageons (pour le reste de la semaine en fait) à l’intérieur du bateau. Dehors la mer grossit, impressionnante. Pour moi en tout cas ; mon hobbit trouve ça absolument formidable et magnifique. Elle soutient qu’elle pourrait passer tant de semaines en mer tellement c’est beau. Ça me réconforte qu’elle réagisse comme ça car, de mon côté, je suis plutôt en train d’imaginer des moyens de ralentir le bateau avec une ultime réduction de toile et la mise en place de traînards… Mais finalement, pas besoin. Le vent cesse de monter ! Ouf ! Le spectacle reste époustouflant lorsque les gros et nombreux orages nous passent dessus, le ciel, si froidement sombre, étant parcouru par un nombre incalculable de coups de foudre dans tous les sens. Très peu d’éclairs semblent se diriger vers le sol mais les hauteurs sont sans cesse lézardées d’éclats plus saillants et brillants les uns que les autres. Magique mais une fois le moment passé, on est quand même un brin soulagé.e.s.

Des talus tels qu’on les descendrait bien avec les skis au pieds!
Un qui rentre d’une manœuvre, une qui sort d’un lit 🙂

Premier petit intermède de ce long texte et il concerne un stress supplémentaire « pas nécessairement nécessaire » comme aurait pu le dire M. Berset (désolé c’est un « witz » destiné aux Suisses.ses). Ce soir là, alors que nous reconnaissons être de bien petites choses face à ne serait-ce qu’une gentille et petite dépression, un nouveau problème apparaît. Le bouton pour allumer et éteindre le téléphone satellite semble ne plus fonctionner. Ceci n’est, comme qui dirait, « pas jojo » parce que ce toyet il a tendance à planter, s’éteindre et se rallumer tout seul ou, plus embêtant, juste s’éteindre. Vu où nous sommes et qu’une énorme dépression semble se profiler pour une semaine plus tard aux Açores, c’est disons un caillou de taille non négligeable dans nos bottes de nav’. Branle-bas de combat, l’équipe à terre contacte le fabricant pour voir ce qui pourrait être fait.. Et là, surprise, le téléphone s’éteint. Oriane se rappellera toute sa vie, j’en suis sûr, le regard que je lui ai alors adressé. Je crois qu’on peut le résumer par « oh shit shit SHIT SHIT SHIIIITT ! » PANIQUE À BORD ! Mais, heureusement, de bien courte durée car le premier essai pour le rallumer est le bon. Le bouton était juste de mauvaise humeur. Mais le coup d’angoisse fut quand même bien réel.

Bon, je vais me coucher et voilà qu’Oriane me réveille au bout d’un moment… Il n’y a plus de vent ! « Flûte de re-zut » pour rester extrêmement poli, on s’est fait rattraper par le centre de la dépression, pétole et mer hâchée dans tous les sens au menu ! Bref, on met le moteur en route et on son dirige vers l’est en souhaitant sortir de là le plus rapidement possible. Le matin, tôt, c’est chose faite et là on va passer la pire journée de notre transat. De très tôt le matin à très tard en fin de journée on subit le passage d’un front qui nous oblige à faire route au nord-ouest dans une mer bien formée et très courte. Résultat des courses : la bateau tape. Il tape, tape plus fort et plus violemment au fil de la journée. À chaque envolée, je frissonne et contracte tout mon corps en attendant le « CLA ! » de la coque qui frappe méchamment l’eau. Je ne comprends pas la façon dont le bateau se comporte, je sais qu’il tape un peu au près mais là, c’est violent et ça se répète sur toutes les vagues. Toutes. Les. Vagues. Oriane m’entend me lamenter tout au long de la journée à remettre en question le bien fondé d’aller se mettre sur un bateau au milieu de l’Atlantique alors qu’à Lausanne il y a tellement de terrasses agréables à partager avec la famille et les ami.e.s… Bon, même elle regrette ses paroles de la veille sur l’idée de passer de si nombreuses semaines en mer. Journée pour le moins compliquée sans compter le fait qu’une énorme dépression se profile à l’horizon. Prenant naissance mais pas racine au large du Portugal, elle se développe fortement et pourrait recouvrir plus ou moins toutes les Açores dans les délais de notre arrivée. Vu la complexité à prévoir la météo ces derniers temps (les deux principaux modèles n’étant en général plus vraiment, ou plus du tout, d’accord à partir de quatre à cinq jours), on commence même à anticiper une arrivée à l’est des Açores, voire à Madère ou même… aux Canaries ! Quand la foi et la confiance en la météo foutent le camp, et aussi la raison sur la meilleure route à suivre…

Le soir de notre jour le plus long, le vent se calme, la mer aussi. La nuit, le vent devient erratique et c’est une « sisypherie » que de faire le bon cap. Pour finir, au petit matin, Oriane dort et je veille. Nous devrions faire du 70-80 degrés. Dans un premier temps, impossible de faire mieux que du 45. Puis du 30. Puis plein nord. Je deviens marteau. C’est QUOI CE PUTAIN DE VENT ???? (Il était annoncé sud-est, on a du nord-est.) Je vire et j’ai l’impression de ne pas réussir à faire mieux que du sud. Lamentable. Je pète un câble. Cerise sur le gâteau, le bateau tape toujours sur chaque vague, aussi petite soit-elle. Je parle à mon Raspou et je lui demande ce qui se passe. Jamais il ne m’a fait ça, je lui demande de me dire ce que j’ai fait de faux pour qu’il se comporte ainsi… Et là, peut-être un événement salvateur, le vent tombe complètement. Je roule le génois, allume le moteur et hop, avanti popolo à l’est. Lentement et bruyamment mais je m’en contrefous, on va dans la bonne direction. Le vent revient légèrement du sud-sud-est et je sors le génois complètement. On file à bon train, voiles et moteur, tout dehors quoi ! Debout à l’arrière, je m’appuie comme un ado pas content, les coudes sur la capote de descente et le menton dans les mains, j’observe mon étai. Il me paraît très mou et se décale sur le côté. Et là, « eurêka ! », je comprends ! Je cours devant en deux pas ! J’enlève l’étai largable et la trinquette. « Oh magie », d’un coup, nous gagnons entre 0,5 et 1 nœud de vitesse !! Et nous gagnons environ 15 degrés au vent ! Voilà. Le. Problème. qui nous a gâché la vie depuis plus de 24 heures. J’ai trop tendu l’étai largable et il a tiré le mat vers l’avant, déséquilibrant le bateau et le poussant à se cabrer sur chaque vague. Je suis partagé entre une joie infinie de retrouver mon Raspou chéri « au naturel » et une haine énorme envers moi-même de ne pas avoir compris cela plus tôt. Ce qui est drôle, à partir de là, c’est qu’ayant été habitué.e.s à ce que le bateau tape, Oriane et moi gardons le réflexe de nous tendre lorsque bateau décolle mais… il ne tape plus désormais ! Chassant délicatement l’eau de son étrave, nous mettons quelques heures à ne plus craindre le claquement de la coque contre la mer. Donc bon. Voilà, tout est rentré dans l’ordre, alors « ça va ».

Maintenant que Raspou file comme d’habitude c’est: « Chargeeezz droit devant!!! »

La suite sera une sorte de petit travail d’orfèvre. Intense mais de haute qualité. En effet, nous somme encore à quatre jours de la première île des Açores, Flores. Et c’est important de se tenir à ce timing car  dans la nuit du quatrième au cinquième jour déboulera une énorme dépression (la fameuse qui m’a fait imaginer nous détourner jusqu’aux Canaries…), mieux vaut être caché quand elle débarquera avec ses grosses claques de vent. Le seul petit hic, qui sera source de stress jusqu’à notre arrivée, est que la marina de Flores a été détruite par l’ouragan Lorenzo en 2019 et que les messages sur la possibilité d’y rester, ou de mouiller dans l’avant-port, sont contradictoires. Ça serait quand même vachement couillon de se pointer là-bas pour se faire refouler et se prendre une monumentale branlée dans la foulée, non ? Les options sont les suivantes. Primo : Viser Horta, plus loin et donc se faire talquer avant d’y arriver. On renonce. Secundo : Aller à Flores mais faut pas traîner et faut croiser les doigts pour pouvoir y rester. Tertio : Attendre deux jours à la cap ou ralentir à fond pour laisser la dépression faire son ménage aux Açores et se pointer après. Décision est prise : secundo ! On fonce, on file, on vole (on compte sur notre bonne étoile) et on se planque ! ETA (« Estimated Time of Arrival ») : dimanche 29 mai en toute fin de journée avec déjà du vent un peu musclé.

Naviguer à 7 noeuds, on y prend goût!

À partir de là, on vit en mode régate. Après une première journée à louvoyer dans un vent un peu faiblard (et toujours avec des difficultés de prévisions), les trois derniers jours on a un super vent d’environ 25 nœuds du nord-ouest, voire un chouillat et des brouettes de plus. On file à trois ris dans la GV et une larmichette de génois sortie, comme des damné.e.s mort.e.s de faim vers le paradis plein de fromages et de bacalhau ! Descendre sous les 6,5 nœuds, c’est MAL ! Même la nuit, on se déchaîne, on passe notre vie à essayer de faire du 7 nœuds et, grande fierté, on y arrive pas mal. Mon papy de bateau de 1981 et son marin d’eau douce de capitaine peuvent, j’assume les fleurs auto-jetées, être fiers d’eux ! Ceci n’empêche pas, dernier Sugus de la traversée, qu’une vague nous met quasiment à plat et s’enfile par tous les trous disponibles pour s’infiltrer dans le bateau et tout particulièrement dans la cabine d’Oriane.. qui y dormait ! Donc, constante d’une transat avec Raspou et Jo, l’équipière dormant dans sa cabine se fera réveiller par une soupe d’eau salée ! Heureusement, ceci arrive l’avant-dernière nuit car dans ces conditions, contrairement à l’aller, aucune possibilité de sécher le duvet et les couchettes… Mon hobbit et moi partageons alors la couchette centrale pour la dernière nuit. J’aimerais ici dire kudos à mon équipière qui, malgré cette petite douche improvisée et malgré la fatigue, la vie penchée, humide et usante du voyage, a assuré complètement son rôle de super équipière et même de mieux en mieux au fil que les conditions devenaient moins maniables ! On a bien rigolé, on rêvait d’une douche chaude, d’une nuit complète et d’être à plat sur le plancher plat des vaches qui donnent du bon fromage. Mais surtout, on a rigolé, on s’est poilé et c’était trop cool quoi ! Donc, à ce moment de la nav’, « ça va ».

Là, vu que c’est bientôt (ou pas, haha !) la fin du récit. Je vous fais un petit intermède « Joël et son sommeil ». Depuis ma plus tendre jeunesse (niaaannn), j’ai des sortes « d’épisodes » quand je dors. Je me réveille et je fais n’importe quoi (genre balancer un duvet par la fenêtre de ma chambre car « il me saoulait »). C’était l’une des raisons de mes craintes de faire du solo et la raison principale de m’attacher même en dormant, soit celle de n’être pas réellement réveillé et de pas me rappeler où j’étais puis de faire une connerie. Genre confondre l’Atlantique avec un jacuzzi. Bref. J’ai eu quelques épisodes comme ça durant la traversée dont un, mémorable, qui se déroule la dernière nuit. En voici le récit. Le jour précédent notre arrivée, un bateau copain (« Liberty 2 », mentionné dans le précédent texte) m’informe qu’un autre bateau copain (suisse, qui plus est !) est à Flores et pourrait nous donner des infos. Le capitaine de ce bateau, Juan, m’avait dit qu’il avait fait la transat aller en tirant des bords de largue et donc sans utiliser de tangon. J’en avais conclu qu’il n’en avait pas (de tangon). Eh bien cette nuit là j’ai fait un rêve étrange. J’étais en train de naviguer avec Juan, sur son bateau, et je me démenais pour faire tenir le génois au grand-largue, que la grande voile avait tendance à déventer. Et je charognais en disant qu’avoir un tangon aurait été bien plus pratique ! C’est à ce moment qu’Oriane me réveille pour venir l’aider à réduire le génois. Il y a un gros nuage bien noir foncé et menaçant pas loin et Oriane me demande ce que j’en pense. Ce à quoi je réponds : « Oh bah j’en sais rien moi je suis en train de naviguer avec Juan et je galère, il a pas de tangon ! » Et BIM je la plante là et retourne me coucher comme un bienheureux, retournant à ma nav’ imaginaire avec Juan… Voilà un capitaine qui a une confiance infinie en son équipière pour lui laisser ainsi les rênes de son voilier pendant que lui navigue, pour ainsi dire, sous d’autres cieux…

Après ce quart de sommeil mouvementé (navigation avec Juan, deux réveils pour réduire le génois), nous somme le dimanche 29 mai de l’année 2022, à sept heures. Oriane me réveille et me dit qu’il faut (encore) réduire un peu la toilure, ce qui veut dire prendre un ris (alors que, je le rappelle, nous venons déjà de le réduire à deux reprises). Je ne peux prétendre le faire de bonne grâce, je commence à payer les difficiles conditions de vie à bord et le manque de sommeil aussi.. Bon, bah, hop, on retourne à trois ris dans la GV. Je m’équipe. Ciré. Crocs. Gilet. Je m’attache, je vais au pied de mat. Un genou « à terre » et hop, ça manœuvre. Je gère bien ça, prendre et enlever un ris, je le fais rapidement normalement. Là, je galère. Je suis lent, c’est difficile. C’est pénible et dans ma tête je me dis qu’heureusement, c’est le dernier, et qu’il est temps d’arriver. Je retourne vers l’arrière et me retourne pour regarder le travail accompli, voir si le ris est proprement pris. Oriane est debout à côté de moi. Le lever de soleil est sublime, je le regarde et là : « TTERRRREE ENN VUUUUUUUUE !!!!!!! » IN-FUCKING-CROYABLE ! C’est une des visions les plus belles de ma vie. Au loin, sous les nuages flamboyants apparaît Flores en ombre chinoise… Qu’elle est belle cette île, même de si loin. Il nous reste 50 miles.

La dernière prises de ris avec Flores que l’on distinguera très rapidement après sur cet horizon enflammé!

Cette dernière journée se passe bien. L’euphorie de l’apparition éteinte [je maintiens la formule], 50 miles c’est quand même une trotte et la mer nous secoue bien pour fêter notre arrivée. Heureusement, le bulletin météo du matin nous apprend que les vents forts arriveront plus tard que prévus initialement et « on a le temps ». Mais le petit stress concernant la nature de l’accueil qui nous sera réservé à la marina nous pousse quand même à ne pas mettre le frein à main. Le temps est sublime. La mer grosse mais terriblement belle… Et à un moment se produit quelque chose qui pousse à croire que quelque chose « de plus grand existe » ou alors que les hasards de la vie sont quand même vachement facétieux. Lors de ma première expérience sur Raspou, une personne m’a fait découvrir une chanson que je trouve d’une beauté infinie. Surtout dans les moments beaux, mélancoliques et contemplatifs. Et là, alors que je commence à réaliser ce que l’on vient d’accomplir, que, malgré tout, la pression redescend très légèrement, mon iPod me passe cette musique.. (pour les curieux.ses : « Wes Anderson » de Misc.) Alors je ne peux pas vous décrire ce que ça me fait. Cette musique, ce moment, je suis aux anges. Cette totale euphorie durera deux jours. On arrive finalement et on a une place à Flores, place occupée, le matin même, par un autre Romanée que j’avais croisé à Marie-Galante. La boucle se boucle et tout fait du sens. On prend une douche chaude. On mange un bon petit plat. Et rien, pas même le fait de voir le garde-port venir le lendemain matin nous signifier que nous ne pouvons pas rester là, ne viendra entammer notre sentiment de pleinitude et de bonheur. On en a chié, on a voulu l’Atlantique nord, on l’a eu. Je ne dirais pas, même jamais, qu’on a vaincu. On a juste su et pu se faufiler grâce à Raspou, grâce au père (merci infiniment, papa), grâce à Robin qui m’a rassuré par son expérience les derniers jours (merci copain) et grâce à la superbe entente qu’à su créer la …. RASPOU’TEAM !!! OHH YEEAHHHH !!!!

Autoportrait du matin victorieux!
Encore un peu loin mais déjà se belle!!
On s’était bien évidemment gardé un petit bout de Gruyère pour fêter dignement l’apparition de notre terre promise!
Oriane qui rêve visiblement aux dix heures de sommeil qu’elle pourra enquiller une fois rendu là-bas.

Anecdote de fin : Vous rappelez la drisse à 250 euros que j’ai achetée aux Bermudes ? On l’a PAS UTILISÉE KOPFERTAMI NONEMÔÔL !!!!!

Raspou à l’abris! Sur un place occupée le matin même par un….. Romanée!! Ça ne s’invente pas 🙂 (Raspou est un Romanée).
La fameuse digue détruite du port.. Très impressionnant!
The end!

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