Une semaine au paradis

Le départ en ce beau dimanche de mi-mai se fait en flotille non-officielle sous un soleil absolument radieux. C’est le grand saut, une traversée, une vraie où Dame Nature risque de réserver quelques surprises de plus que lors de la transat aller. On ne sera effectivement pas déçu.e.s. Comme je l’ai dit dans le texte sur la traversée entre Saint-Martin et les Bermudes, les deux traversées ont la même physionomie. La première moitié se passe merveilleusement bien, la seconde est un peu plus corsée et pour les mêmes raisons, la météo. J’y reviendrai.

La première journée est toute spéciale car nous progressons sur une mer calme en restant, jusqu’au coucher du soleil, en vue de plusieurs bateaux partis en même temps que nous. Un seul nous fera la gentillesse de ne pas nous dépasser, « Liberty 2 » avec à son bord Carine et Didier, le GO des voiliers qui font le tour de l’Atlantique, avec qui nous avons pris l’apéro aux Bermudes et avec qui nous reprendrons l’apéro aux Açores.

No comment.

Après cela, la météo reste idéale deux jours, nous avançons souvent à plus de 7 nœuds en surface, sur une mer accueillante et sous un soleil si généreux qu’il nous faut nous abriter à l’intérieur aux heures les plus chaudes. Au soir du troisième jour, nous nous attendons à nous prendre une petite claque, courte mais intense, à 25 nœuds. Elle est censée arriver vers 23 heures. Cependant, vers 18 heures déjà de gros nuages noirs se profilent à l’horizon. J’ai beau les observer attentivement, je ne décèle pas de survente importante les devançant. Par précaution, nous prenons quand même un ris et gardons l’entier du génois dehors. Puis, d’un coup, big badaboum ! Du vent et de la pluie, de la pluie et du vent. Jamais je n’ai « vu » de telles trombes d’eau. Les guillemets sont de rigueur car dès que nous prenons de plein fouet le grain, je m’équipe et mon hobbit se prépare aussi et là, durant quelques minutes, nous sommes au four et au moulin. Rouler le génois, détangonner, prendre un deuxième ris. Donc guillemets car finalement (et malheureusement), nos quinquets n’étaient pas occupés à profiter du spectacle.. mais pour le peu que mes mirettes se sont activées en ce sens, c’était de toute beauté. Finalement, nous faisons du 5,5 nœuds avec rien que la grande voile à deux ris. On se dit qu’on est bien et que quitte à attendre un 25 nœuds établi comme ça dans la nuit, nous gardons cette garde-robe jusqu’au petit matin. Le très bon côté de cet événement est l’enseignement que mon dos va bien mieux, même si j’avais encore des gênes les deux premiers jours, cette manœuvre rapide et exigeante est effectuée sans aucune douleur.

Les miles filent et alors que nous ne sommes plus en avril, nous gardons tous nos fils.

Le lendemain, le jeu, le grand jeu de notre traversée commence. Une petite dépression « gentille » doit nous passer un peu plus au nord et nous couper la route. Si nous souhaitons l’éviter, il nous faut plonger au sud, loin. Une autre idée serait alors de la contourner par le nord. Cela implique d’avoir deux jours le vent de face mais la route s’en trouverait très bien plus courte qu’en faisant un large détour au sud. De plus, on se dit que si une dépression passe à ce moment, « presque bientôt » à mi-parcours, le temps que la suivante arrive, on sera aux Açores. HA. HA. HA.

Pas de rouleau à pâte? La bonne vieille bouteille de vin fait l’affaire!

Nous suivons donc le deuxième plan et bifurquons quelque peu vers le nord durant 24 heures avec bien moins de vent, nous faisons une nuit au moteur. Au réveil de cette nuit, l’Atlantique nord, le mythique, le grand, le parfois violent, est plat. Plat comme la Belgique et la Hollande réunies. Plat comme un œuf (presque aussi chaud et nous aussi fondant). Un léger vent de travers se lève et nous filons à 7 nœuds, plein est. Je crois n’avoir jamais autant eu l’impression de voler avec Raspou. C’est un vrai rêve. Il s’agit du dernier moment de paradis avant la bascule en mode « deuxième semaine ». Depuis le temps que je vous en parle de cette deuxième semaine, ça doit commencer à vous titiller, nan ? Eh bah « cliffhanger » de malade ! Vous en saurez tout dans le troisième et dernier (je crois) récit de cette transat !

Position qui deviendra de plus en plus nécessaire au fil du temps pour bien contrôler les voiles…

2 commentaires sur « Une semaine au paradis »

  1. Bonjour Joël, super vos aventures et j adore ta prose. Je ne suis pas trop à l’aise avec mon iPhone pour te donner de nos nouvelles, je le ferais la semaine prochaine quand j’aurais retrouvé mon ordinateur, je suis présentement en navigation pour aider mon voisin Belge à rapatrier son bateau de Nieuport à Lorient. Bises

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