Le bonhomme

« Il arrive que les décors s’écroulent. Lever, tramway, quatre heures de bureau ou d’usine, repas, tramway, quatre heures de travail, repas, sommeil et lundi mardi mercredi jeudi vendredi et samedi sur le même rythme, cette route se suit aisément la plupart du temps. Un jour seulement, le pourquoi s’élève (…). La suite, c’est le retour inconscient dans la chaîne, ou c’est l’éveil définitif ».

Albert Camus, Le mythe de Sisyphe

Écologie et voile : deux fascinations pour Joël qui le suivent et le définissent depuis un long moment. Mais pourquoi ? Peut-être pour le refus du rythme absurde, effréné et destructeur du modèle de vie occidental « métro, boulot, dodo ». L’admiration de la nature, la défense de l’environnement et l’écologie sont subversifs parce qu’ils mettent en question cet imaginaire qui domine une très grande partie de la planète ; ils en récusent le motif central, selon lequel notre destin est d’augmenter sans cesse la production économique et la consommation. La voile et l’envie de découverte du monde suit les mêmes impératifs : vivre au rythme de la nature, des vents, de la découverte des différentes sociétés humaines, tout en relevant un défi de taille.

Malgré ses contradictions, le système tient parce qu’il réussit à susciter l’adhésion des gens, c’est celle-ci toute entière que Joël essaie de vivre autrement. Sur la mer, la reconquête du temps libre sera la condition première de la décolonisation d’un imaginaire qui détruit les liens sociaux et du rapport de l’homme avec la nature. La mer et les voiliers portent en eux le germe de ce changement, mélancolique parfois, mais parfaitement créateur. Ils ont fasciné Joël aussi loin qu’il se rappelle et le définissent absolument.

La mer et les voiliers, c’est d’abord toute une histoire d’inventions, de découvertes fascinantes et de conquêtes violentes. L’histoire et son ambivalence, Joël y a d’ailleurs consacré ses études avec les sciences politiques et à côté d’une quantité de petits jobs étudiants qui montrent à la fois son côté touche à tout et d’envie de découverte mais aussi une difficulté de se poser dans une routine si elle semble devoir s’étendre sur des années ! L’histoire, il en a fait aussi quelques temps son métier, comme collaborateur scientifique d’un centre de recherche s’intéressant à l’histoire diplomatique de la Suisse.

La mer et les voiliers, c’est aussi un goût de l’exploration et de l’apprentissage (oui, ne laissons pas cela au capitalisme et à la colonisation) : dès ses 10 ans, Joël fait des cours la voile (qu’il arrête car il craint le vent fort), puis durant de longues années, il fait une ou deux régates par années avec Robin et le premier achat du petit Hélios avec Simon. Puis, c’est l’envie de faire son permis de voile rapidement avant Nicole, sa maman, lorsqu’elle lui a dit qu’elle allait le faire (essayé pas pu !). Ensuite tout s’enchaîne : achat de Sea Lion, faire ses milles en Mer du Nord, Bretagne, Méditerranée et dans les Caraïbes, et enfin acquisition de Raspoutine pour partir autour du monde. L’idée de l’exploration c’est donc aussi l’idée de la découverte intellectuelle qui met constamment Joël en mouvement.

Le voyage à la voile, c’est enfin mouvement vers l’inconnu. Même si l’idée de ce voyage traverse Joël depuis des années, faire le pas concret du départ reste un sacré saut dans l’inconnu. Le plans, les envies, les itinéraires vont-ils changer ? Le matériel va-t-il tenir ? Les destinations seront-elles accessibles ? Tant de questions qui peuvent devenir des craintes mais qui sont plutôt une étape de plus vers la liberté puisque se concentrer sur l’inconnu permet de se distraire de la routine, du quotidien et de l’ennui !

Merci à Maxime pour ce texte 🙂